| Jumeau du Yavari,
le Yapura, aujourd'hui connu sous le nom de BAP
Puno, possède lui aussi une histoire bien
intéressante…

Quand le Maréchal Ramón
Castillo envisage la construction de deux canonnières
destinées à la partie péruvienne
du lac Titikaka, il est loin d'imaginer leur étonnant
destin. Alors Président de la république
péruvienne, il décide de confier son
projet au chantier naval anglais James Watt; nous
sommes en 1861, le 29 janvier. Plus d'un siècle
après son initiative, ces deux joyaux de
l'ingénierie britannique et péruvienne,
témoins de l'âge d'or de la Grande
Révolution Industrielle, sont conservés
quasi intacts. Ce sont là les deux plus antiques
bâtiments de fer navigants du monde.
Fin octobre 1861 a lieu la signature
de la lettre de compromis avec Monsieur James Watt.
Celui-ci accepte la responsabilité de construire
les deux canonnières; chaque navire, machineries
comprises, coûtera la somme de 8000 livres
sterling. Le délai est estimé à
quatre mois. En janvier 1862, le gouvernement péruvien
envoie en Europe le Contre-amiral Mariátegui.
Celui-ci a pour mission de vérifier la conformité
de la construction et le poids de chacune des pièces.
Aucune d'elles ne doit excéder la charge
que peut supporter une mule!
En juin 1862, l'on embarque les
2766 pièces (1388 du Yavari et 1378 du Yapura)
sur le vapeur Moyola de pavillon britannique. Elles
effectuent le voyage via le Détroit de Magellan
- à l'époque le Canal de Panamá
n'existe pas encore - jusqu'au port de Arica.
De Arica, les pièces sont
transportées par le second plus ancien chemin
de fer d'Amérique du Sud qui, à l'époque,
unit la ville de Arica à celle de Tacna.
De Tacna, les 2766 pièces
sont acheminées à dos de mules pour
traverser toute la Cordillère des Andes.
Le contrat original signé par le muletier
prévoit un laps de temps de six mois pour
atteindre Puno; en réalité, six longues
années seront nécessaires…
En janvier 1869 commence le travail
de reconstruction des deux bâtiments. Un arsenal
artisanal a été construit à
cette intention dans la zone inhabitée de
Huaje. A cette époque, ce type d'ingénierie
préfabriquée constitue un véritable
défi, une première mondiale. Et ce
fut une authentique réussite grâce
à la détermination des ingénieurs
anglais et péruviens travaillant main dans
la main à la réalisation de ce grandiose
projet.
Le premier des deux vapeurs reconstruit
est baptisé "Yavari"; il est lancé
à l'eau le jour de Noël 1870. Le "Yapura"
doit attendre avril de l'an 1872 pour rejoindre
son grand frère dans la flotte du Titicaca.
Il réalise son voyage inaugural le 18 mai
1872 sous le commandement du célèbre
Mariano Melgar, alors Capitaine de Corvette.
Le Yapura reste peu de temps sous
le contrôle de la Marine de Guerre du Pérou.
En 1874, il passe aux mains de l'homme d'affaires
Guillermo Speedie. Et, en 1887, le gouvernement
péruvien confère la concession du
navire à la "Peruvian Corporation"
pour une période de 85 ans. Pour le Yapura
commence alors une nouvelle ère d'intense
activité commerciale entre les ports péruviens
de Puno - Moho - Vilquechico et le port bolivien
de Guaqui.
Durant ses années de gestion,
la "Peruvian Corporation" effectue deux
importantes modifications au vapeur originel. La
première a lieu entre 1927 et 1929: il s'agit
d'élever sa ligne de flottaison tout en veillant
à ne pas modifier son gabarit. La deuxième,
en 1956, opère un changement du moteur. Il
est remplacé par un "Paxman Ricardo"
de fabrication anglaise (1948). Ce moteur, de 12
cylindres en V, possède une puissance de
410 HP permettant une vitesse de déplacement
de 10 noeuds.
En 1972, à la fin du contrat
de la "Peruvian Corporation", le Yapura
passe aux mains de l'entreprise nationale des chemins
de fer du Pérou (ENAFER). Mais celle-ci ne
lui montre jamais de réel intérêt.
En 1975, la Marine de Guerre négocie
la récupération de son ancien vapeur
pour le réincorporer à la flotte militaire.
Le 17 mars 1976, l'Etat péruvien transfère
officiellement le Yapura à la Marine de Guerre
du Pérou en le rebaptisant sous le nom de
BAP Puno.
En 1992, la Marine restructure
complètement l'aspect du bâtiment.
Et, en 1993, il est aménagé en bateau-
hôpital. Une nouvelle vie le met ainsi au
service des populations riveraines et des îles
du grand lac.
En 1996, des études réalisées
sur sa coque par la Marine confirment un taux de
corrosion remarquablement faible. Les parties vives
du second plus ancien bateau de fer navigant du
monde ont peu souffert du temps.
Actuellement, le BAP Puno réalise
plusieurs fois par an des opérations civiques
au service de la population; il agit tant sur le
territoire péruvien que dans la partie bolivienne
du Titikaka.
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